Curriculum boomeranguistique (délayé...)


J'ai rencontré mon premier boomerang en 1995 dans une armurerie de Guise, petit bourg du nord de l'Aisne blotti dans la belle vallée de l'Oise, en pleine Thiérache. C'est probablement le syndrome "Mad Max" qui poussait ce commerçant à vendre cet inoffensif bout de bois dans son magasin au milieu de fusils et d'armes blanches. Quoi qu'il en soit, le jour même je m'efforçais de faire voler l'engin et, coup de bol, c'était un vrai boomerang et j'ai pu le faire revenir à moi et connaitre l'émerveillement du retour parfait au moins une fois ce soir là. C'était un de ces jours qui changent une vie... Je venais enfin de voir voler le mythique engin!!! Passionné par tout ce qui vole la simplicité de ce boomerang me fascinait tout autant que son vol. Au bout de quelques jours, lassé de n'en avoir qu'un à me mettre sous la dent et pour permettre à mon bras de se reposer, j'ai essayé de le reproduire en contreplaqué ordinaire (okoumé). Je l'ai profilé entièrement au papier de verre dans la cuisine, c'est long et poussiéreux, ça fait râler un peu madame :-) mais ça vole toujours. J'ai alors décidé d'ajouter une pale pour en faire un tripale et ça volait encore et toujours. Cette fois c'en était trop, il fallait que j'en sache plus sur le boomerang. A cette époque, point d'informatique et d'internet, c'est le Quid qui m'informa de l'existence de FBA. Deux timbres plus tard j'avais la liste des clubs français et un catalogue de plans à commander. Le club le plus proche de chez moi est à Cambrai, je prends contact et Yves Cazé m'invite à une compétition indoor qui a justement lieu le week-end suivant. Bravant la neige j'arrive au stade et dans la vaste salle je vois des boomerangs de toutes les couleurs, des bipales, des tripales, des quadripales, lancés par de vrais lanceurs, je me rappelle de Duf par exemple, champion du monde de distance, ça marque de rencontrer la première fois le champion du monde et de découvrir que c'est un bon déconneur bien sympathique. Petite séance d'initiation en salle, un boom en plastique, quelques plans sur des feuilles volantes, une inscrition au club et hop, le virus était nourri. Avec des chutes d'okoumé j'ai reproduit quasiment tous les plans fournis par FBA contre des timbres et sur les conseils d'Yves je suis passé à la bakélite et au vrai contreplaqué de bouleau, beaucoup moins fragiles. Yves m'a aussi appris à mieux lancer et à régler mes booms et au bout de quelques mois je savais à peu près m'en sortir. Mais j'avais beau chercher partout des plans, dans Profil, dans Bumerang Welt, dans des recueils allemands, il n'existait quasiment pas de boomerangs funs, autrement dit de boomerangs qui soient jolis sur un mur simplement par leur forme. Les dessinateurs décoraient merveilleusement les boomerangs mais point de formes bizarres hormis quelques précurseurs comme Hagü et son recueil de "fun boom" ou le Pi de Tony Slater. C'est en Juillet 96 il me semble que lors du tournoi annuel de Cambrai, j'ai pu rencontrer Didier Bonin qui tenait une sorte de conférence improvisée à l'ombre des peupliers lors de la pause repas. Il venait justement de sortir sa superbe collection "Ultimate Shapes", et ça c'était justement le genre de formes bizarres que je voulais approfondir. Tout jeune élève lanceur sa démonstration de ce qui deviendra peu de temps après la "théorie des formes" m'a sidéré et c'est lui qui m'a dit, et je m'en rappelle encore, "vas-y, tu verras c'est facile, fais tenir ça dans un triangle et t'es quasiment sur que ça volera". Deux jours plus tard je dessinais mon premier plan, le lendemain je le testais et miracle, il volait bien. Avec mon complice Manu, qui a lancé son premier boomerang en même temps que moi et qui n'a plus arrété depuis non plus, on s'est décidés à monter un club, on a pu acheter des matériaux lors d'une descente sur Paris et pendant un an je dessinais des plans de boomerang comme d'autres peignent ou écrivent et fabriquais en plus de mes modèles quasiment tous les plans qui pouvaient me tomber sous la photocopieuse.. Le taux de déchet était faible et devant cette collection qui s'agrandissait rapidement et le peu de plans "bizarres" disponibles j'ai décidé de publier un premier recueil "Axone Booms", composé à la colle et aux ciseaux, toujours pas d'ordinateur... Là j'ouvre une parenthèse au sujet de mon pseudonyme qui semble curieux à beaucoup, pourquoi Axone Man et Axone Booms? J'aurais pu conserver mon patronyme mais il se trouve que je ne l'aime pas et si vous connaissiez intimement ma famille vous le comprendriez, je n'entre pas dans les détails. Didier avait nommé sa collection, je devais donc moi aussi lui donner un nom, et à moi-même par la même occasion. Je m'étais creusé le chou pour ces plans et je pensais à quelquechose comme "la collection du neurone chauffé à blanc", trop long, pas ciblé, pas bon ;-). Neurone Man c'était pour le moins ampoulé voire même prétentieux.... Mais la boite crânienne n'est pas faite que de neurones, il y a aussi les axones, qui sont justement les "cables" qui transmettent l'influx nerveux des neurones. De plus, habitant l'Aisne, je suis un axonais, la solution était claire, la collection s'appellerait Axone Booms et je prenais le pseudonyme d'Axone Man, fin de la parenthèse.

La première fois que j'ai montré ce recueil, c'était encore à Cambrai, toujours lors du tournoi indoor de début d'année. Un inconnu m'en prit un ainsi que quelques modèles, j'étais ravi. Or il se trouve que cet inconnu n'était autre que Jean Louis Orgueil et qu'il travaillait à l'époque pour LMI et FOX. Sa première réaction été de contacter Patrice Castel, son patron, et de lui présenter les booms et le recueil. Quelques jours plus tard, Patrice me téléphonait et me demandait de venir le voir à Fleurance et qu'il aimerait bien que je travaille pour lui. J'étais sur le cul !!! Que le big boss de la plus grosse boite de boom d'Europe me téléphone pour bosser pour lui était tellement fou que je n'y avais même pas songé. Je dessinais dans ma cuisine, je lançais dans les patures, j'étais isolé, jamais je n'aurais pu deviner ce coup du destin. Quelques jours plus tard je rencontrais Patrice et Jean Louis et depuis la collaboration continue. Patrice est même devenu un ami.

Quand Didier à publié la "théorie des formes" ça a été un autre choc. J'avais dévoré la collection complète de Profil et de Bumerang Welt, les ouvrages de Jack Thomas (Magie du boomerang et Les boomerangs du pharaon"), le "Porquet-Pouillet", les recueils de Serge D'ignazzio, bref tout ce qui se publiait sur le sujet et arrivait Didier qui révolutionnait la façon de voir le vol du boom. Non plus depuis des formules mathématiques arides mais depuis le fruit de l'expérience. A l'époque on voyait souvent des "tableaux de plombage" et il arrivait aussi que les conseils prodigués par ces tableaux soient pires que bien pour certains boomerangs, Didier est arrivé et on a pu bruler les tableaux de plombage. Un tableau de plombage n'est valable que pour un type de boom, si on change de type de boomerang, le tableau ne fonctionne plus, et Didier a trouvé pourquoi. Pales avançantes, pales reculantes, centre de gravité, portance, il a tout testé et vérifié et a pondu ce que j'ose appeler la pierre angulaire de la compréhension du vol d'un boomerang. Là ça a cogité ferme, que pouvait-on tirer concrètement de cette théorie et pouvait-on la casser aussi facilement que les précédentes? Ce qu'on pouvait en tirer de concret c'était d'abord sa collection des "ultimate shapes" dont tous volent parfaitement malgrè leurs formes pour le moins osées, pour la casser il allait falloir trouver du sérieux. A chaque fois que j'ai essayé de produire un modèle qui contredise la théorie je n'ai pu que constater sa pertinence. Mieux, cette théorie prévoit même qu'un boom puisse avoir un plombage paradoxal. Je m'explique. Généralement on plombe un boom pour qu'il aille plus loin ou pour lui donner une meilleure résistance au vent. Mais ce n'est que le cas général, des exceptions existent, le "spiruline tétonoïde" en est un bon exemple. Avec ce boom, le plombage est recommandé par vent nul ou faible et déconseillé par vent soutenu, paradoxal donc. Mais c'est tout à fait en accord avec la théorie des formes. Seulement pour bien voir les effets de la théorie il manquait quelquechose qui permette de s'affranchir de la machine à récupérer le centre de gravité (CG) (une plaque plane avec des cercles concentriques dont le centre est tenu par une ficelle). C'est là que l'idée d'Ultimatrix a germé. Récupérer les CG sur une image de boomerang. Armé de mon récent ordinateur et de QuikBasic (tm) j'ai donc commencé laborieusement à écrire un programme qui récupère le CG. Mais après, on n'est guère avancé avec simplement un CG, il fallait quelquechose qui permette de visualiser la théorie de Didier. C'est là que j'ai eu l'idée de découper le boomerang en tranches. Puisqu'un boomerang tourne, il fallait voir à quoi il ressemble quand il tourne, tranche par tranche, comme un scanner. Le point d'origine du découpage serait le CG et on s'en payerait une tranche par degré. Au final en superposant chaque tranche on aurait une représentation du boom en rotation. Les matrices étaient nées. 

Les premières matrices ont été dessinées à la main avec 72 lignes, 5 ou 6 pas plus, c'est très long à faire ;-) Mais déjà à la main on pouvait voir une modification du tracé si on ajoutait du lest au boomerang. Une fois informatisé le processus était beaucoup plus rapide et plus fiable et ces drôles de graphiques ont commencé à révéler leur potentiel. Ces étranges figures ont été appelées matrices parce que les renseignements les plus pertinents en découlent directement, ce sont les sommes, verticales et horizontales qui les fournissent. Une matrice seule sans ces sommes n'est guère informative. Après avoir mieux compris ce que je voyais j'ai décidé de publier un second recueil de plans "Axone 2 le retour... du boomerang" et d'y adjoindre un article sur les matrices et leurs sommes et ce qu'on pouvait y voir. Depuis le programme a été amélioré, notamment par Laurent Blanchard qui a plus que boosté l'algorithme de recherche du CG (50 fois plus rapide!!!), par Renan Guillou qui a trouvé plein de choses à lui greffer comme les matrices circulaires et les points d'inflexion, et quelques braves testeurs qui ont bien voulu me donner des bugs à corriger. Les matrices circulaires ressemblent comme deux gouttes d'eau à leurs soeurs linéaires mais seront très utiles quand Ultimatrix intégrera la vitesse de rotation, les points d'inflexion pour leur part sont en pleine phase de mise au point et semblent bien être très intéressants. Ultimatrix n'en est qu'au début, il reste encore pas mal de boulot pour qu'il en soit au point où il n'y aurait plus que des améliorations cosmétiques à lui apporter. Le but est d'en faire un outil d'aide à la conception et au réglage, vaste programme.

Cette passion m'a fait connaitre un tas de personnages sympatiques toujours prêts à partager leur savoir et leurs plans, des passionnés atteints du même virus. Cette maladie a la particularité de rassembler une communauté réunie autour du boomerang mais dont les points d'intérêt ne sont pas forcément convergents. D'aucuns préfèrent la compétition, d'autres simplement voir voler des boomerangs, certains sont spécialisés dans la décoration, d'autres dans les matériaux modernes, d'autres encore dans l'aérodynamique ou la recherche de formes bizarres mais le courant passe toujours entre ces différents points de vue. Une fois en l'air le boomerang oblige à se taire et à le suivre des yeux, un instant de magie qui rassemble la communauté. 

Publications et activités:

Vous pouvez voir certains de mes boomerags dans "L'essentiel du boomerang" et dans "Boomerang collection", les deux ouvrages de référence du boomerang francophone. Voir la page des liens. J'ai aussi publié quelques plans et articles dans Profil, la News FBA et Bumerang Welt.

J'ai également été membre de l'organisation de la coupe du monde 2004 à Charleville-Mézières

Je suis modérateur de la liste de discussion francophone: boomfr

Créateur de "Axone Man Boomerangs Etc", micro entreprise de fabrication et vente de mes boomerangs de septembre 2005 à septembre 2006.

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